CLIS - Classe d'inclusion scolaire
Classe accueillant des enfants à TIFC et implantée dans une école élémentaire ordinaire.
Classe tenue par un enseignant PE ordinaire ou spé, titulaire du CAPASH D.
Classe dont l'enseignant dépend de la direction de cette même école et de l'IEN de circonscription.
C'est dans tout ce paradoxe que les situations suivantes prennent naissance.
Scène 1 (cour de récréation)
Enseignante spécialisée certes, mais enseignante adjointe d'une école élémentaire, je suis nommée comme interim de direction, c'est-à-dire comme exerçant le rôle de directrice en l'absence de celle-ci, directrice déchargée sur deux demi-journées.
Nomination qui arrange toute l'équipe...
Bref, j'ai accepté cette mission il y a 1 an et demi.
Cette année, la directrice part deux semaines en classe de neige... Je me prépare donc à assumer ma fonction intérimaire avec une certaine angoisse.
Pour me souhaiter la bonne année, la décharge de la directrice m'annonce qu'elle ne veut pas prendre ma classe, pas seule du moins; m'assister oui, mais pas faire classe.
"La Clis, je ne connais pas, et je ne veux pas connaître !" " Je ne veux pas travailler pour la Clis, je ne veux rien préparer."
"Je ne sais pas comment tu fais, et en fait, je ne veux pas savoir."
"Trouve moi de l'occupationnel si tu dois être au bureau..."
Comme si la vie était pleine de signes, deux élèves de ma classe viennent m'interpeller pour me parler...
"Tu vois, rien que de les voir, non moi je ne peux pas..."
Il est évident que les élèves de nos classes peuvent faire "peur"... après tout, j'ai pleuré les 6 premiers mois de ma carrière...
Mais ils restent des enfants, des élèves et ce n'est pas parce que l'un m'écrit « SPESS de connar » au lieu de copier les trois seules lignes de la journée, ou qu'il danse en jouant de la guitare électrique et en criant « eh t'as vu, c'est la classe, hein? », ou parce que l'autre m'a bousculée et levé la main dessus, qu'ils ne méritent pas d'avoir tous les jours un ou une enseignante face à eux, qui fasse son possible pour leur donner envie de revenir le lendemain, calmer leurs pulsions et faire en sorte que pour Marie, 11 ne soit pas 1+1 = 2 = 22 mais que 11, un jour devienne 11, comme 11 cubes, 11 bougies, comme ses 11 ans.
Nous faisons partie du corps enseignant... sur la fiche de paie, dans les effectifs de la circonscription, mais nous n'avons définitivement pas le même travail, pas la même vision que certains d'entre eux.
Finalement, pourquoi nous étonner si on ne connaît toujours pas le sigle Clis ? si nous ne sommes pas conviés aux réunions et rencontres avec le collège? si nos conseils de cycle et de maître n'ont aucun lien avec notre travail et nos élèves tant que nous ne sommes pas moteurs de projets?
Comme a dit un vieil homme « indignez vous », et bien je m'indigne des conditions de scolarisation de ces élèves pour qui nous n'existons parfois même pas (je m'appelle Paulite...) et je me dis que je refuse d'être l'élément indispensable à leurs apprentissages et à leur scolarité dans mon école.
Je veux qu'en mon absence, ils soient les élèves qu'ils travaillent à devenir et qu'ils soient considérés comme tels.
Finalement, l'inclusion concerne autant l'enseignant que l'élève dans certaines situations.
Scène 2 (ESS, décision d'orientation d'une élève)
Aurore est une élève scolarisée en Clis depuis septembre. Bientôt 12 ans.
Ses parents, sa mère notamment, ont mis 3 ans à accepter cette orientation. Le climat peut être très tendu entre elle et moi.
Aurore est hyperactive, a de gros problèmes de comportement auxquels s'ajoutent des troubles des apprentissages et une déficience...
Ses troubles du comportement, ses angoisses et sa tendance à manipuler et chercher la confrontation m'inquiètent pour la SEGPA. J'ai donc proposé l'Ulis en comptant sur le dispositif ouvert où Aurore passerait le maximum de temps en 6ème ordinaire....
La psychologue scolaire, après avoir fait passé le test Wisc IV, conclue ceci: « Aurore est atypique; en fait, elle ne correspond pas au public de Clis, la Clis n'est pas faite pour elle. »
A ce moment-là, ce n'est plus de l'indignation, mais de la consternation face à tant de maladresse et tant de manque de respect pour les collègues des années précédentes et pour ma classe. Peut-être faut-il préciser que c'est la même psychologue scolaire qui a rempli le dossier pour la Clis il y a moins d'un an.
Ceci est un texte descriptif mais révélateur de ma vie sur le terrain. Un cadre institutionnel dont la responsabilité partagée n’est pas toujours assumée, le manque de connaissances de notre domaine, de coopération entre les interlocuteurs et intervenants peuvent parfois rendre notre travail d'inclusion finalement excluant auprès des collègues.